Gabon : Docteurs Non Recrutés Interpellent le Président

par | Avr 24, 2025 | Affaires à Suivre | 0 commentaires

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Le Gabon, à l’instar de nombreux pays africains, ambitionne de se positionner comme une nation moderne, fondée sur le savoir, l’innovation et une fonction publique performante. Au cœur de cette vision se trouve, logiquement, la réforme et la modernisation de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Le gouvernement affiche sa volonté de dynamiser ce secteur vital, reconnaissant son rôle fondamental dans la formation de l’élite, la production de connaissances pertinentes et le soutien au développement socio-économique. Cependant, la réalité vécue par une partie significative de cette élite qualifiée semble contredire ces ambitions affichées, soulevant de sérieuses questions sur la mise en œuvre concrète des politiques et, surtout, sur les principes de transparence et de justice. Docteurs Non Recrutés Interpellent le Président.

Actuellement, plus de 200 jeunes citoyens gabonais, ayant atteint le plus haut niveau de qualification académique en obtenant un doctorat, se retrouvent dans une situation précaire et incompréhensible. Loin d’être accueillis à bras ouverts par un système universitaire qui devrait cruellement manquer de leurs compétences, ils dénoncent unanimement un processus de recrutement au sein des établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche qu’ils qualifient d’opaque, d’injuste et de profondément décourageant.

Leur frustration est d’autant plus grande qu’elle fait suite à de multiples tentatives de dialogue et de recours par les voies officielles, restées sans réponse ou sans effet concret. Ayant épuisé ces canaux, ces chercheurs font aujourd’hui le choix de s’adresser directement à la plus haute autorité de l’État, Son Excellence Monsieur le Président de la République, à travers un appel solennel qui résonne comme un cri d’alarme pour leur avenir et celui de la nation.

Un Processus de Recrutement Pointé du Doigt : Chronique d’une Opacité Annoncée

La genèse de cette crise de confiance réside dans une campagne de recrutement d’enseignants-chercheurs et de chercheurs initiée dans le courant de l’année 2024. Cette initiative s’inscrivait positivement dans le cadre du « renouveau » de l’enseignement supérieur voulu par les autorités. Les établissements publics – universités, grandes écoles, instituts de recherche – ont été sollicités pour identifier leurs besoins réels en personnel qualifié, ouvrant la voie à l’intégration de nouveaux talents.

Des notes officielles, comme la note N° 001158/MESRSIT/SG/DCRH/SGRH/B2 du 9 juillet 2024, signée par le Secrétaire Général du ministère en charge, et la note circulaire N° 0001042/MESRSIT/CAB M du 11 juillet 2024, émanant du cabinet de l’ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur, ont marqué le début formel de ce processus. L’espoir était grand parmi les docteurs gabonais en attente d’intégration, beaucoup travaillant déjà de manière informelle ou précaire au sein de ces mêmes structures.

Cependant, la suite des événements a rapidement assombri ce tableau. Ce n’est que plusieurs mois plus tard, le 4 novembre 2024, qu’un arrêté ministériel (N° 0000042/MESRSIT) a été signé, officialisant la mise en place de commissions de recrutement au sein du ministère. Si la constitution de ces commissions est une étape nécessaire, le véritable point de blocage, source de toute la détresse et de la colère du Collectif des Docteurs lésés, réside dans le fait que, depuis la signature de cet arrêté et la tenue présumée des travaux de ces commissions, aucune liste officielle de résultats n’a été rendue publique. Cette absence de transparence totale jette un voile de suspicion sur l’ensemble du processus et nourrit le sentiment d’être floué. La lenteur administrative, combinée à cette opacité, crée une incertitude insupportable pour plus de 200 familles qui ont investi temps, énergie et ressources considérables dans la formation de leurs membres les plus qualifiés.

Des Injustices Révélées par le Collectif : Quand le Mérite est Ignoré

Le silence entourant les résultats n’est malheureusement que la partie émergée de l’iceberg des griefs soulevés par le Collectif des Docteurs lésés. Leur lettre ouverte détaille plusieurs autres dysfonctionnements qui, mis ensemble, brossent le tableau d’une gestion sinon défaillante, du moins fortement sujette à caution, du processus de recrutement.

Parmi les injustices les plus flagrantes dénoncées figurent :

  1. La non-publication officielle des résultats : C’est le point central et le plus visible de l’opacité. L’absence de listes publiques empêche toute vérification, toute compréhension des critères appliqués, toute possibilité de recours fondé sur des éléments tangibles. Qui a été recruté ? Sur quelles bases ? Pour quels postes ? Le mystère total entretient le doute et la suspicion.
  2. La disparition de nombreux dossiers de candidatures : C’est un problème d’une gravité extrême. Des candidats ont constitué et déposé des dossiers complets, souvent validés au niveau des établissements qui exprimaient un besoin. Que ces dossiers puissent ensuite « disparaître » au niveau du ministère soulève de sérieuses questions sur la traçabilité, la sécurité et l’intégrité du processus. Un dossier perdu, c’est une candidature qui n’a aucune chance d’aboutir, quelles que soient les qualifications de la personne.
  3. La non prise en compte de certains dossiers ayant reçu un avis technique favorable des établissements : Ce point met en lumière un décalage entre les besoins et les évaluations faites par les institutions d’enseignement et de recherche elles-mêmes, et les décisions finales prises au niveau central. Si un établissement identifie un besoin précis et qu’un docteur local candidate et reçoit un avis favorable des experts de l’établissement, le fait que son dossier soit ignoré au niveau ministériel est source d’incompréhension et suggère que des critères autres que le besoin réel et l’adéquation des qualifications sont à l’œuvre.
  4. La priorisation des Masters face aux docteurs pour l’octroi des postes budgétaires affectés aux enseignants-chercheurs : C’est peut-être l’injustice la plus symbolique et la plus décourageante. Un doctorat est le diplôme le plus élevé, la qualification minimale requise dans de nombreux pays pour devenir enseignant-chercheur permanent. Prioriser des titulaires de Master pour des postes destinés à ce corps, au détriment de docteurs gabonais formés, envoie un signal désastreux sur la reconnaissance de l’excellence académique nationale et l’utilisation des ressources humaines qualifiées. Cela rend le long et difficile parcours doctoral absurde aux yeux de ceux qui l’ont accompli.

Ces griefs, s’ils sont avérés, ne sont pas de simples incidents administratifs. Ils minent la confiance dans les institutions, découragent l’excellence et soulèvent des interrogations sur l’équité et la méritocratie au sein du système public.

Le Paradoxe d’un Système en Crise : Des Docteurs au Chômage Face à la Pénurie d’Enseignants

La situation dénoncée par le Collectif des Docteurs lésés met en évidence un paradoxe criant au cœur du système d’enseignement supérieur gabonais. D’une part, le pays forme (ou voit revenir) des citoyens ayant atteint le plus haut niveau de qualification académique. Ces individus représentent un investissement considérable, tant pour eux-mêmes que potentiellement pour l’État (bourses, infrastructures de formation, etc.). D’autre part, les établissements d’enseignement supérieur gabonais souffrent d’un manque chronique et sévère de personnel enseignant qualifié. Amphis surchargés, manque d’encadrement, faible taux de publications scientifiques sont autant de symptômes de cette pénurie.

Comment justifier, dès lors, que plus de 200 docteurs gabonais soient dans l’incertitude, au chômage technique ou cantonnés dans des situations de précarité extrême, alors que les universités et instituts manquent désespérément de leurs compétences ? C’est une aberration qui nuit à la qualité de la formation dispensée aux étudiants d’aujourd’hui – les futurs cadres du pays – et entrave le développement de la recherche locale.

Beaucoup de ces docteurs « lésés » ne sont pas totalement inactifs ; le texte le précise, ils exercent déjà, pour certains, en qualité de vacataires. Le statut de vacataire, par définition, est temporaire et précaire. Il n’offre aucune sécurité d’emploi, pas de couverture sociale adéquate, pas de perspective de carrière stable. De plus, les rémunérations associées sont souvent dérisoires par rapport au niveau de qualification et aux tâches effectuées (souvent les mêmes que les permanents), et leur paiement est notoirement irrégulier, plongeant les vacataires dans une précarité financière constante. Utiliser ainsi l’élite intellectuelle du pays, sans lui offrir de perspectives stables et dignes, est non seulement injuste sur le plan humain, mais contre-productif sur le plan national. Cela décourage l’excellence, peut pousser à la fuite des cerveaux et empêche ces talents de contribuer pleinement et durablement au développement de leur pays.

L’Importance Stratégique de l’Expertise de Haut Niveau pour le Développement National

L’enjeu de l’intégration de ces docteurs dépasse largement le cadre individuel ou même celui du seul ministère de l’Enseignement Supérieur. Il s’agit d’un enjeu stratégique pour le développement global du Gabon. Un corps enseignant-chercheur qualifié et stable est la pierre angulaire d’un système d’enseignement supérieur performant et d’un écosystème de recherche dynamique.

Les enseignants-chercheurs ne se contentent pas de transmettre des connaissances ; ils les créent. Ils mènent des recherches qui peuvent apporter des solutions aux problèmes spécifiques du pays (santé, environnement, agriculture, technologie, etc.), ils forment les étudiants aux méthodes d’analyse critique et de recherche, ils contribuent au rayonnement intellectuel et scientifique national sur la scène internationale. Un pays qui n’investit pas dans ses forces vives de recherche et d’enseignement supérieur handicape sa capacité à innover, à s’adapter aux défis mondiaux et à former une main-d’œuvre et une élite capables de piloter son développement futur.

Le doctorat représente des années d’études approfondies, de spécialisation, de développement de compétences rares en analyse critique, résolution de problèmes complexes et production de connaissances originales. Ne pas exploiter ce potentiel, c’est gaspiller un investissement humain et financier colossal. C’est priver le pays d’experts capables de conseiller le gouvernement sur des politiques basées sur des preuves, d’innover dans les entreprises, ou encore de former la prochaine génération d’enseignants et de chercheurs.

La Transparence comme Pilier de la Modernisation et de la Confiance

La volonté affichée par le Chef de l’État de réformer et de moderniser l’enseignement supérieur ne peut aboutir sans un engagement fort en faveur de la transparence et de la bonne gouvernance, particulièrement dans les processus de recrutement. Un processus de recrutement opaque, où les résultats ne sont pas publiés, où les dossiers disparaissent et où les critères d’évaluation ne sont pas clairs ou appliqués équitablement, est l’antithèse de la modernisation.

La transparence garantit l’équité : chacun sait selon quelles règles il est évalué et peut vérifier que ces règles ont été appliquées. Elle favorise la méritocratie : les meilleurs et les plus qualifiés ont de meilleures chances d’être sélectionnés, renforçant ainsi la qualité du corps professoral et de recherche. Elle instaure la confiance dans les institutions : les citoyens croient en l’intégrité du système et sont plus enclins à s’y investir. À l’inverse, l’opacité nourrit la suspicion de favoritisme, de népotisme, voire de corruption, décourage les candidats les plus méritants et pousse les talents vers d’autres horizons.

Pour que l’élan de réforme de l’enseignement supérieur ne soit pas un vœu pieux, il est impératif que les procédures de recrutement soient non seulement justes dans leur conception, mais aussi transparentes dans leur exécution. La publication systématique et rapide des listes de candidats retenus, avec, si possible, des indications sur les critères de classement, est une mesure minimale et indispensable pour rétablir la confiance et permettre aux candidats non retenus de comprendre et, le cas échéant, d’exercer un recours fondé.

L’Appel Solennel au Chef de l’État : Un Dernier Recours pour une Génération

C’est dans ce contexte de profonde frustration, d’injustice ressentie et de préoccupation pour l’avenir que le Collectif des Docteurs lésés a décidé de s’adresser directement au Président de la République. Leur démarche n’est pas la première ; elle intervient après avoir, selon leurs dires, « épuisé les recours officiels » en adressant pas moins de six courriers aux différentes autorités compétentes : deux au ministère de tutelle, deux à la Primature, et deux à la Présidence de la République elle-même. Le fait qu’ils ressentent le besoin d’une lettre ouverte après tant de tentatives infructueuses souligne l’ampleur de leur désarroi et leur conviction que seule une intervention au plus haut niveau de l’État peut débloquer la situation.

Leur appel est clair : ils demandent une action urgente du Président pour rectifier la situation actuelle. Ils ne demandent pas une intégration automatique ou inconditionnelle, mais une intégration fondée sur la reconnaissance de leur qualification et passant par un processus transparent dont les résultats sont publics. Ils sollicitent l’intervention présidentielle pour garantir que les docteurs gabonais qualifiés puissent véritablement trouver leur place au sein du système universitaire et de recherche national.

Le Collectif insiste sur l’enjeu majeur : il ne s’agit pas de laisser « une génération entière de jeunes chercheurs être sacrifiée par une gestion bureaucratique défaillante ». Ces jeunes talents sont considérés, à juste titre, comme l’avenir du pays. Leur potentiel est immense et nécessaire pour relever les défis auxquels le Gabon est confronté et pour assurer son développement à long terme. Permettre que leur avenir soit compromis par des processus opaques et injustes, c’est hypothéquer l’avenir de la nation elle-même.

En s’adressant directement au Chef de l’État, le Collectif des Docteurs lésés place entre ses mains la responsabilité d’agir pour que l’investissement qu’ils ont consenti dans leur formation doctorale porte ses fruits pour eux-mêmes et pour la société gabonaise. Leur démarche est un appel à la justice, à la reconnaissance du mérite, et à la mise en cohérence des discours politiques sur la modernisation avec les pratiques administratives concrètes. L’avenir scientifique et académique du Gabon dépend en grande partie de la manière dont la situation de ces plus de 200 docteurs sera résolue.

Le Collectif des Docteurs Lésés du Gabon exprime, par cette lettre ouverte, l’espoir que l’intervention présidentielle apportera la lumière et la justice nécessaires pour que leur expertise soit enfin mise au service du développement national, dans la transparence et la dignité qu’ils méritent.


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