Dans un acte fondateur pour ce qu’il convient désormais d’appeler la « 5ème République » gabonaise, le Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguéma, a dévoilé la composition de son premier exécutif. Suivant de près la nomination du Vice-Président du Gouvernement, chargé spécifiquement de la Coordination de l’action gouvernementale, cette nouvelle équipe ministérielle compte trente (30) membres. Le Président forme le premier gouvernement.
Ce chiffre marque une légère réduction par rapport au précédent gouvernement de la transition, qui comprenait trente-cinq (35) ministres, signalant potentiellement une volonté de resserrement et d’efficacité accrue au sommet de l’État. La formation de ce gouvernement intervient peu après l’inauguration du septennat du Président Oligui Nguéma, un mandat dont les orientations et les attentes pressantes ont été clairement définies lors de son discours au stade d’Angondjé.
Nominations Stratégiques et Signaux Forts
Plusieurs nominations au sein de ce nouveau cabinet attirent particulièrement l’attention et semblent dessiner les contours des priorités présidentielles. La plus notable est sans doute l’entrée au gouvernement du puissant président du groupe bancaire BGFIBANK, bombardé au poste stratégique de Ministre d’État, Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations. Sa mission est élargie à la lutte contre la vie chère, un enjeu social majeur.
Cette nomination d’une figure éminente du secteur financier privé est interprétée comme un signal fort de la volonté présidentielle de remettre de l’ordre dans les finances publiques. Sa feuille de route est claire : améliorer drastiquement la collecte des recettes publiques et optimiser les dépenses de l’État, deux leviers essentiels pour assainir la situation économique et financer les ambitions du nouveau septennat. La lutte contre la vie chère, ajoutée à ce portefeuille régalien, souligne l’imbrication voulue entre rigueur budgétaire et préoccupations sociales directes.
Dans un souci de continuité sur des dossiers jugés cruciaux, Camélia Ntoutoume Leclercq conserve son poste de Ministre d’État à l’Éducation nationale, de l’Instruction civique et de la Formation professionnelle. Ce maintien témoigne de la confiance renouvelée du Chef de l’État dans sa capacité à mener les réformes nécessaires dans un secteur fondamental pour l’avenir du pays et la formation de sa jeunesse.
Un autre mouvement significatif concerne le Colonel Ulrich Manfoumbi Manfoumbi. Figure reconnue du CTRI (Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions), il quitte ses fonctions militaires pour intégrer le gouvernement civil. Sa mise en disponibilité de l’armée lui permet d’endosser le rôle de Ministre d’État chargé des Transports et de la Marine marchande. Cette transition d’un acteur clé de la période de transition vers un poste civil stratégique illustre la nouvelle configuration du pouvoir et l’importance accordée au secteur vital des transports pour le développement économique et la connectivité du territoire.
Le secteur névralgique des hydrocarbures voit également l’arrivée d’un nouveau visage. Le Président Oligui Nguéma a choisi un Ingénieur, Sosthène Nguéma Nguéma, pour diriger le Ministère du Pétrole et du Gaz. Ce choix d’un profil technique pour un ministère traditionnellement au cœur de l’économie gabonaise suggère une approche axée sur l’expertise et la gestion rigoureuse des ressources naturelles du pays.
Composition Gouvernementale et Représentation
Au-delà des postes clés, la composition globale du gouvernement révèle une attention particulière portée à la représentation féminine. Avec dix (10) femmes ministres sur un effectif total de trente, le gouvernement atteint un taux de féminisation de 30%. Cette proportion notable pourrait refléter une volonté d’inclusion et de valorisation des compétences féminines au plus haut niveau de décision.
Parmi les nouvelles entrantes, la nomination de Louise Mvono au poste de Ministre de la Planification et de la Prospective est particulièrement scrutée. Venant d’un poste au sein de la Banque mondiale à Brazzaville, son arrivée est perçue comme un autre signal positif envoyé aux bailleurs de fonds internationaux et aux institutions financières. Son expertise en matière de planification et sa connaissance des mécanismes financiers internationaux pourraient s’avérer précieuses pour mobiliser les ressources nécessaires aux grands projets du septennat.
Le retour en politique gouvernementale de Zenaba Gninga Chaning, ancienne candidate à l’élection présidentielle, est également à souligner. Elle se voit confier le Ministère de l’Entreprenariat des PME / PMI, un secteur jugé essentiel pour la diversification économique et la création d’emplois. Sa nomination pourrait viser à intégrer différentes sensibilités politiques et à capitaliser sur son expérience pour dynamiser le tissu entrepreneurial gabonais.
Enfin, l’arrivée d’Edgard Moukoumbi, décrit comme un jeune technocrate originaire de Lébamba, au Ministère des Travaux Publics (TP) et de la Construction, en remplacement de Flavien Nzengui Nzoundou, illustre une volonté de renouvellement et d’injection de sang neuf dans des secteurs techniques exigeant dynamisme et compétence.
Départs Marquants et Renouvellement
La formation de ce nouveau gouvernement s’accompagne logiquement du départ de plusieurs figures de l’équipe précédente. Parmi les personnalités qui quittent l’exécutif, on note des ministres ayant occupé des portefeuilles importants : Charles Mba, anciennement au Budget et aux Comptes publics ; Flavien Nzengui Nzoundou, qui cède les Travaux publics ; Jonathan Ignoumba, qui était en charge de l’Agriculture et de l’Élevage ; Marcel Abéké, ex-ministre du Pétrole ; Jeannot Kalima, qui gérait la Fonction publique ; Zora Kassa, responsable de la Pêche ; et Parfaite Amouyeme Ollame, qui pilotait le ministère des PME / PMI. Ces départs marquent une rupture et ouvrent la voie à de nouvelles dynamiques et approches au sein des ministères concernés. Ce renouvellement partiel de l’équipe dirigeante est une caractéristique fréquente des débuts de mandat, permettant au Chef de l’État d’imprimer sa marque et d’ajuster l’appareil gouvernemental à sa vision.
Les Grands Chantiers du Septennat
Le nouveau gouvernement, avec à sa tête le Ministre d’État à l’Économie et ses 30 collègues, n’aura pas de période de grâce. Ils sont, comme l’indique l’expression consacrée, « d’ores et déjà au pied du mur ». Les attentes de la population sont nombreuses et pressantes, et le Président Oligui Nguéma a clairement défini les priorités lors de son discours d’investiture. La feuille de route est ambitieuse et couvre un large spectre d’actions.
Un axe majeur est la restauration de l’autorité de l’État et de la confiance publique à travers une lutte sans merci contre plusieurs fléaux : la corruption, l’impunité, la cupidité, le laxisme et la paresse au sein de l’administration et de la société. Cet engagement pour une meilleure gouvernance est présenté comme un préalable indispensable au redressement national.
Sur le plan social, les priorités sont multiples et touchent au quotidien des Gabonais. Le septennat qui s’ouvre doit être celui de l’amélioration significative dans les domaines de l’éducation et de la santé, deux piliers du développement humain. L’accès universel à l’eau potable et à l’électricité, la résolution de la crise du logement, la lutte contre la vie chère – désormais intégrée au ministère de l’Économie –, la réduction de la précarité des emplois et le renforcement de la sécurité des personnes et des biens sont également des objectifs centraux fixés par le Chef de l’État.
Vision Économique et Attractivité
Au-delà des urgences sociales, le Président Oligui Nguéma a esquissé une vision économique visant à transformer durablement le pays. L’un des chantiers majeurs est la diversification de l’économie gabonaise, encore trop dépendante des matières premières. Cela passe notamment par la promotion de la transformation locale de ces ressources, afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Parallèlement, le développement du secteur des services est encouragé comme un gisement important pour la création d’emplois, notamment pour les jeunes.
La réalisation de cette vision économique repose en grande partie sur la mise en place d’infrastructures de qualité. Le Président a insisté sur la nécessité de construire et de moderniser les réseaux routiers, portuaires, ferroviaires et énergétiques. Ces investissements sont considérés comme essentiels pour désenclaver les régions, faciliter les échanges commerciaux et soutenir l’activité économique sur l’ensemble du territoire.
Enfin, un message constant du Chef de l’État à son nouveau gouvernement est l’impératif de travailler sans relâche pour que le Gabon demeure une terre d’opportunités économiques. Il insiste sur la nécessité de créer un environnement des affaires stable, transparent et attractif, capable d’accueillir les investissements nationaux et étrangers nécessaires au financement du développement du pays. La crédibilité économique, la bonne gouvernance financière et la stabilité politique sont présentées comme les clés pour attirer les capitaux et réaliser les ambitions de la « 5ème République ».
Conclusion : Un Gouvernement Face à d’Immenses Attentes
La formation du premier gouvernement de la « 5ème République » par le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma marque une étape décisive après la période de transition. Avec une équipe resserrée, mêlant continuité dans certains secteurs clés et renouvellement notable dans d’autres, ce cabinet fait face à un cahier des charges particulièrement lourd. Les défis sont immenses, allant de l’assainissement des finances publiques à la lutte contre la corruption, en passant par l’amélioration des conditions de vie des citoyens et la transformation structurelle de l’économie.
Les nominations stratégiques, notamment celle d’une figure du monde bancaire à l’Économie et d’une experte venue de la Banque mondiale à la Planification, envoient des signaux clairs sur les orientations choisies. Le succès de ce septennat dépendra de la capacité de cette nouvelle équipe à traduire rapidement en actions concrètes les priorités édictées par le Chef de l’État et à répondre aux attentes urgentes de la population gabonaise. Le temps presse, et le travail commence dès maintenant pour bâtir les fondations de cette nouvelle ère politique et économique promise.




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