France : lettre ouverte du citoyen Jean Pierre Essono Menie à Oligui Nguema

par | Avr 1, 2025 | Politique | 0 commentaires

N'hésitez pas à partager nos contenus

Le paysage politique gabonais, en pleine mutation depuis les événements du 30 août 2023, continue d’évoluer. Dans ce contexte de transition et d’attentes populaires élevées, une lettre datée du 31 mars 2025, émanant de Jean Pierre ESSONO MENIE, président de la Coordination des Associations et partis politiques (CAPPO), et adressée à Son Excellence Monsieur le Président de la Transition, le Général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, offre un éclairage singulier sur les espoirs, les attentes et les conditions posées par une frange significative de l’opinion politique gabonaise. lettre ouverte du citoyen Jean Pierre Essono Menie.

Cette missive, tout en félicitant le chef de l’État de transition pour sa candidature à l’élection présidentielle annoncée pour le 12 avril 2025, trace les contours d’une vision pour l’avenir du Gabon, ancrée dans une rupture assumée avec le passé et orientée vers une gouvernance renouvelée, la réconciliation nationale et une souveraineté affirmée.

Le constat d’une ère révolue : La critique du régime Bongo par la CAPPO

La lettre s’ouvre sur un rappel de la position historique de la CAPPO, se présentant comme le fer de lance du triptyque « Destitution-Transition-Election » (D-T-E). Cette introduction pose d’emblée le cadre idéologique de l’organisation : une opposition farouche au régime précédent et un engagement pour une alternance démocratique. La CAPPO, par la voix de son président, réitère sa déclaration liminaire du 28 mars 2024, dans laquelle elle comparait l’alternance à l’oxygène indispensable à la démocratie. Cette métaphore puissante souligne la perception d’une asphyxie démocratique sous le régime antérieur.

Les félicitations adressées au CTRI (Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions) pour l’action du 30 août 2023 sont sans équivoque. L’intervention est qualifiée de « pacifique » et saluée pour avoir mis fin à ce que la CAPPO décrit comme un « régime héréditaire semi-séculaire des Bongo ». Le jugement porté sur cette période est sévère : une « faillite politique, économique, sociale et morale insupportable ».

La lettre énumère les maux qui, selon la CAPPO, ont gangréné le pays : corruption endémique, mauvaise gouvernance systémique, dépravation des mœurs et profanation des valeurs traditionnelles africaines ainsi que de la nature humaine. L’usage de termes tels que « profondeurs abyssales insondables » traduit l’ampleur du désastre perçu et la nécessité impérieuse d’un changement radical. Cette critique acerbe constitue le fondement sur lequel la CAPPO base ses attentes vis-à-vis de la transition et du futur mandat présidentiel.

L’avènement du 30 août 2023 : Une révolution pacifique porteuse d’espoir

L’événement du 30 août 2023 est présenté non comme un simple coup de force, mais comme une « révolution pacifique ». Cette qualification souligne la nature non-violente de la prise de pouvoir par le CTRI, un élément crucial qui a sans doute contribué à sa légitimation rapide auprès d’une large partie de la population. La CAPPO insiste sur « l’immense espoir » suscité par cette rupture auprès de « l’écrasante majorité du peuple souverain gabonais ». Cet espoir repose sur la promesse d’une véritable alternance, d’une restauration des institutions et d’une sortie de l’ornière décrite précédemment.

Le triptyque D-T-E (Destitution-Transition-Election), porté par la CAPPO, trouve ici sa concrétisation partielle. La destitution a eu lieu, la transition est en cours, et l’annonce de l’élection présidentielle marque l’entrée dans la phase finale de ce processus. L’intervention du CTRI est ainsi vue comme l’acte fondateur d’une nouvelle ère, une opportunité historique de refonder le pacte social et politique gabonais sur des bases saines, démocratiques et respectueuses de la souveraineté populaire.

Félicitations et soutien conditionnel à la candidature du Général Oligui Nguema

Le cœur de la lettre réside dans les félicitations « chaleureuses » adressées au Général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA pour sa candidature à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. La CAPPO lui souhaite un « brillant succès populaire », marquant ainsi un soutien clair à sa démarche. Cependant, ce soutien n’est pas un chèque en blanc. M. Essono Menie prend soin de distinguer la position de la CAPPO de celle des « courtisans ».

Il met en garde contre l’entourage qui serait « plus intéressé par leurs profits personnels que par leurs contributions substantielles par leurs compétences ou des idées constructives ». Cette mise en garde est significative : elle appelle le candidat et futur président potentiel à s’entourer de conseillers compétents et désintéressés, dont l’objectif premier serait la réussite du mandat au profit des « intérêts supérieurs de tout le peuple gabonais », et non la satisfaction d’appétits personnels. C’est une manière de souligner que le succès ne se mesurera pas seulement à l’aune de la victoire électorale, mais surtout à la qualité de la gouvernance et aux bénéfices concrets pour la nation entière.

L’appel à une gouvernance renouvelée : Écoute, Intégrité et Rupture

La CAPPO formule des attentes précises quant à la conduite du futur mandat présidentiel. Elle souhaite que le futur « premier Président de la 5e République Gabonaise » incarne une rupture non seulement symbolique mais aussi pratique avec le passé. Plusieurs axes sont mis en avant.

Premièrement, l’écoute. Il est demandé au futur président d’être « vraiment à l’écoute des critiques et suggestions constructives ». La lettre mentionne spécifiquement le « vainqueur incontesté de la dernière élection présidentielle gabonaise » (sans le nommer explicitement) et « d’autres personnalités politiques intègres et patriotiques gabonaises ». Cet appel au dialogue et à l’ouverture suggère une volonté de gouvernance inclusive, capable de transcender les clivages pour intégrer les voix critiques mais constructives dans le processus décisionnel.

Deuxièmement, la rupture avec l’héritage. Il est jugé essentiel que le nouveau président « s’affranchisse du bilan désastreux des 56 ans des BONGO pour mieux réussir son mandat présidentiel ». Il ne s’agit pas seulement de condamner le passé, mais de s’en détacher activement dans les pratiques de gouvernance, les choix politiques et la gestion des affaires publiques.

La Commission Maât : Un pilier pour la Vérité, la Justice, la Réparation et la Réconciliation

Un élément central des demandes formulées par la CAPPO est la mise en œuvre « sans plus tarder » de la « Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation », surnommée « Commission Maât ». Cette demande, déjà formulée dans une lettre ouverte datée du 28 avril 2024, est présentée comme indispensable pour « achever la réparation et la réconciliation ».

L’insistance sur cette commission souligne la conviction que la fin réelle du « régime héréditaire dictatorial et corrompu gabonais » ne peut être actée sans un processus formel de traitement des séquelles du passé. Le concept de « Maât », emprunté à l’Égypte ancienne et symbolisant la vérité, l’équilibre, l’ordre, la loi et la justice, confère à cette commission une dimension éthique et culturelle profonde. Il s’agit non seulement de faire la lumière sur les abus passés et d’offrir des réparations aux victimes, mais aussi de restaurer un ordre moral et social fondé sur des valeurs africaines de justice et d’harmonie. Cette commission est vue comme un outil essentiel pour panser les plaies de la nation et construire un avenir commun sur des bases assainies.

Inspiration Panafricaniste et Défense des Intérêts Nationaux : Le modèle AES et la lutte contre les prédateurs

La CAPPO invite le futur président à s’inspirer du « patriotisme et du panafricanisme » des présidents des transitions des pays de l’AES (Alliance des États du Sahel). Cette référence est notable, car elle inscrit la transition gabonaise dans un contexte régional plus large de quête de souveraineté et de rupture avec certaines formes de dépendance extérieure. L’appel à promouvoir « la culture et l’éthique africaines de la bonne gouvernance incarnée par la Maât » auprès de tous les cadres dirigeants gabonais renforce cette orientation.

Il s’agit de défendre les « intérêts supérieurs du peuple gabonais » avec un « patriotisme et un panafricanisme exemplaires ». Cette défense doit se manifester face à « tous les prédateurs qui ont pillé jusqu’à maintenant ses ressources naturelles ». La dénonciation du pillage implique à la fois des acteurs internes (« une minorité pilleuse de gabonais ») et externes (« les maîtres pilleurs étrangers »), soulignant une complicité dans l’exploitation des richesses du pays au détriment de la majorité. La lettre appelle donc à une affirmation de la souveraineté nationale, notamment dans la gestion des ressources naturelles, pilier de l’économie gabonaise.

Vers une Émergence Économique au Service de Tous les Gabonais

L’aboutissement de cette gouvernance renouvelée, fondée sur l’intégrité, la justice, le patriotisme et la souveraineté, doit être, selon la CAPPO, « l’émergence économique effective du Gabon ». Cette émergence est explicitement conditionnée : elle doit être « au service du bien-être de tous les gabonais ». Cette précision est cruciale, car elle s’oppose à un modèle de croissance qui, par le passé, aurait profité principalement à « une minorité pilleuse ».

La lettre utilise une métaphore ambitieuse : faire du début du mandat présidentiel espéré « la rampe de lancement de la fusée de l’émergence économique effective du Gabon ». Cette image exprime l’ampleur des attentes et le potentiel perçu pour une transformation profonde du pays, à condition que les principes de bonne gouvernance et de défense des intérêts nationaux soient rigoureusement appliqués. L’objectif ultime est clair : traduire la richesse potentielle du Gabon en prospérité partagée pour l’ensemble de sa population.

Conclusion : Un Soutien Exigeant pour une Nouvelle Ère

En conclusion, la lettre de Jean Pierre ESSONO MENIE, au nom de la CAPPO, constitue bien plus qu’une simple missive de félicitations. C’est un document politique dense, qui articule un soutien à la candidature du Général Oligui Nguema tout en posant des conditions claires et des attentes élevées pour l’avenir. Elle reflète une vision exigeante de la transition et du mandat à venir, marquée par une volonté de rupture radicale avec les pratiques du passé, un appel à une gouvernance éthique et inclusive inspirée par des valeurs africaines (Maât), une quête de justice et de réconciliation nationale (Commission Maât), et une affirmation résolue de la souveraineté nationale au service d’une émergence économique profitant à tous.

Tout en souhaitant un « brillant succès électoral bien mérité » au Président de la Transition, la CAPPO rappelle que ce succès ne sera complet que s’il se traduit par une transformation profonde et bénéfique pour le « Pays Bien-Aimé », le Gabon. La balle est désormais dans le camp du candidat et, potentiellement, du futur président, pour répondre à cet immense espoir né le 30 août 2023 et concrétiser les aspirations d’une nation en quête de renouveau.

Jean  Pierre  ESSONO  MENIE, ancien  membre  du  comité  directeur  du  mouvement  de redressement  national  (MORENA),ancien  président  du  rassemblement  national  des bûcherons en Europe et actuel président de la Cappo.


N'hésitez pas à partager nos contenus

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gablibre.com

Partagez cet article avec vos amis !

0
    0
    Votre panier
    Votre panier est videRetourner à la boutique